Le Museum of West Africa Art (MOWAA) à Benin City est au centre d'un différend concernant des fonds, des terrains et le patrimoine depuis près de deux ans. Des allégations font état de plus de 18 millions de dollars de financement externe pour le MOWAA. La controverse survient alors que l'Université de Cambridge a transféré la propriété légale de 116 objets au MOWAA en 2026. Ce conflit autour du MOWAA, qui s'étend sur près de deux ans, englobe des enjeux financiers, fonciers et culturels majeurs, soulignant la complexité du rapatriement des œuvres d'art africaines.
Les origines du conflit
Les origines du conflit autour du MOWAA s'enracinent dans l'histoire coloniale, avec des milliers d'objets du Bénin pillés lors de l'invasion britannique de Benin City en 1897. Ces artefacts, connus sous le nom de Bronzes du Bénin, sont depuis dispersés dans des collections muséales et privées à travers le monde, leur restitution étant au cœur des débats actuels.
Plus récemment, l'administration de l'ancien gouverneur Godwin Obaseki a démoli l'hôpital central de Benin City afin de libérer le terrain nécessaire au projet de musée. Adams Oshiomhole, ancien gouverneur de l'État d'Edo, a déclaré que « l'administration Obaseki a démoli l'hôpital central et a changé le nom original du musée en Edo Museum of West Africa Art, EMOWA ». Cette décision a marqué une étape significative dans la concrétisation du projet actuel, mais a également semé les graines des tensions futures.
La famille royale a exprimé son mécontentement face à l'évolution du projet. Le prince Aghatise Erediauwa, s'exprimant au nom de la famille royale, a affirmé que le projet original de musée royal avait été « détourné ». Cette allégation note une fracture entre les intentions initiales perçues et la direction prise par le développement du MOWAA, suggérant une déviation par rapport à la vision originelle de la communauté locale et de la royauté.
En 2023, l'ancien président Muhammadu Buhari a émis une directive stipulant que l'Oba de Benin devait être reconnu comme le propriétaire et le gardien des Bronzes du Bénin rapatriés. Cette décision présidentielle visait à clarifier la question de la propriété et de la tutelle des œuvres d'art retournées, renforçant la position de l'institution royale dans ce processus et posant un cadre juridique pour les futures restitutions.
Des liens entre des figures clés du projet ont également été mis en lumière. Philip George, un directeur du MOWAA, a été identifié comme un associé d'affaires de longue date de l'ancien gouverneur Obaseki. Monsieur George est également co-fondateur d'AfriInvest West Africa Ltd. Et d'AfriInvest Capital Ltd. Ce qui soulève des questions sur les influences et les intérêts en jeu dans le développement du musée. La présence de tels liens personnels et professionnels a alimenté les spéculations sur la transparence et l'équité des décisions prises concernant le MOWAA.
Rivalités pour la gouvernance
Le 20 août, un comité spécial présidé par Adams Oshiomhole a remis son rapport au gouverneur Monday Okpebholo. Ce comité a formulé des recommandations significatives concernant l'avenir du Museum of West Africa Art (MOWAA). Selon les conclusions du comité Oshiomhole, il est recommandé de renommer le MOWAA en « Benin Royal Museum of African Art » et de le restituer à l'Oba de Benin, Oba Ewuare II. Adams Oshiomhole a souligné cette proposition en déclarant que « l'administration Obaseki a démoli l'hôpital central et a changé le nom original du musée en Edo Museum of West Africa Art, EMOWA ». Il a ajouté que « le musée devrait être rendu à l'Oba de Benin pour qu'il le gère désormais, car les gouvernements vont et viennent mais le monarque du Bénin demeure ». Cette recommandation vise à ancrer le musée dans l'autorité traditionnelle et à assurer sa pérennité au-delà des changements politiques.
Parallèlement, l'Assemblée de l'État d'Edo avait déjà adopté une résolution exhortant le gouvernement de l'État à prendre possession et le contrôle du MOWAA. Cette position de l'Assemblée a été réaffirmée le 22 décembre 2025, lorsque les législateurs ont adopté une résolution similaire, insistant sur la prise en charge par le gouvernement de l'État de la propriété et du contrôle du musée. Ces résolutions successives témoignent d'une volonté politique forte de la part de l'Assemblée de l'État d'exercer une supervision directe sur le projet, ce qui met en évidence un conflit de compétences entre les différentes entités.
La Commission nationale des musées et monuments (NCMM) a pour sa part déclaré en 2025 qu'elle superviserait la récupération, la conservation et l'exposition des artefacts avec l'assentiment de l'Oba. Cette déclaration indique une volonté de coordination entre les différentes entités impliquées dans la gestion du patrimoine rapatrié, mais aussi la nécessité d'obtenir l'approbation royale pour toute démarche. L'ancien gouverneur Obaseki a refusé de comparaître devant l'Assemblée pour discuter de ces questions, invoquant le fait que l'affaire était sub judice. Cette position a ajouté une couche de complexité au débat, empêchant un dialogue direct et transparent sur les allégations et les préoccupations soulevées par les législateurs.
Divergences sur le financement et les terres
Le gouvernement de l'État d'Edo aurait engagé environ 3,8 milliards de nairas dans le projet du MOWAA. La question du financement et de l'utilisation des terres est devenue un point central du différend entourant le musée. Au total, 6,210 hectares de terrain sont contestés en lien avec le projet MOWAA, un chiffre qui note l'ampleur des enjeux fonciers et la valeur considérable de l'emplacement.
Le musée est édifié sur ces 6,210 hectares, associés à l'ancien Hôpital Central de Benin City, dont la démolition par l'administration Obaseki avait été confirmée par Adams Oshiomhole. M. Oshiomhole avait alors déclaré que « l'administration Obaseki a démoli l'hôpital central et a changé le nom original du musée en Edo Museum of West Africa Art, EMOWA ». Tony Ikpasaja, alors directeur général du service d'information géographique de l'État d'Edo, a évalué la propriété à environ 33 millions de nairas, précisant qu'elle avait été acquise sans frais. Cette évaluation et la mention d'une acquisition sans coût soulèvent des questions sur la gestion des actifs fonciers de l'État.
L'Assemblée de l'État d'Edo a quant à elle chiffré les dépenses pour le MOWAA à 3,850 milliards de nairas, somme qui aurait été utilisée pour le Pavillon de l'Institut du MOWAA. Parallèlement, le comité Oshiomhole a affirmé que le gouvernement de l'État d'Edo avait débloqué environ 3,8 milliards de nairas pour le projet entre 2022 et 2024. Ces chiffres, bien que similaires, proviennent de sources différentes et concernent potentiellement des aspects distincts du financement, ce qui ajoute à la confusion générale. Le comité Oshiomhole a recommandé que « le musée devrait être rendu à l'Oba de Benin pour qu'il le gère désormais, car les gouvernements vont et viennent mais le monarque du Bénin demeure », une position qui met en lumière la dimension politique et culturelle de la dispute financière.
Concernant les fonds externes, le comptable général de l'État d'Edo, Julius Anelu, a déclaré que la Trésorerie de l'État n'avait aucune trace d'avoir reçu 18 millions de dollars de donateurs internationaux. Cette absence de trace alimente les interrogations sur la gestion financière du projet et la transparence des financements externes, suggérant une possible opacité dans l'acheminement et l'utilisation de ces fonds. Les allégations de plus de 18 millions de dollars de financement externe pour le MOWAA restent ainsi sans confirmation officielle de réception par les canaux étatiques.
L'enjeu des artefacts rapatriés
L'Allemagne a convenu en 2022 de restituer au Nigeria 1 130 Bronzes du Bénin. Cette décision s'inscrivait dans un mouvement plus large de rapatriement d'œuvres d'art pillées, marquant une étape significative dans la reconnaissance des injustices coloniales. Les Pays-Bas ont pour leur part restitué 119 artefacts béninois au Nigeria en 2025, marquant une nouvelle étape dans le retour de ces biens culturels et renforçant la pression sur d'autres institutions détentrices. La Suisse a également contribué à ce processus en restituant 18 artefacts du Bénin en juin 2026. Ces retours successifs soulignent l'importance croissante accordée à la restitution du patrimoine culturel et la dynamique internationale en faveur de ces rapatriements.
L'Université de Cambridge a également transféré la propriété légale de 116 objets au MOWAA en 2026, démontrant l'engagement des institutions universitaires et culturelles à corriger les torts du passé. Ce transfert représente un geste symbolique fort et une reconnaissance concrète de la légitimité des demandes de restitution. Selon une analyse juridique de 2026, le British Museum détient plus de 900 objets béninois, ce qui en fait l'un des plus grands détenteurs de ces artefacts en dehors du Nigeria. La question de leur rapatriement demeure un point de discorde majeur et un objectif clé pour les autorités nigérianes et la famille royale du Bénin, qui cherchent à réunir ces trésors culturels sur leur terre d'origine. La présence de milliers d'objets du Bénin, pillés lors de l'invasion britannique de Benin City en 1897, dans des collections muséales et privées à travers le monde, continue de motiver les efforts de restitution et de rendre le MOWAA, ou tout autre musée dédié à ces œuvres, d'une importance capitale pour la nation.