Bénin : Le bilan contrasté de Patrice Talon après une décennie au pouvoir

Alors que le Bénin se prépare à la fin du mandat présidentiel de Patrice Talon, qui doit céder le pouvoir le dimanche 24 mai 2026, le porte-parole du gouvernement, Wilfried Houngbédji, a tenu une conférence de presse. Cette conférence de presse, organisée dans un contexte de transition imminente, visait à dresser un bilan des réalisations et des défis rencontrés durant la décennie de gouvernance du président sortant. Patrice Talon a pris ses fonctions en avril 2016, et l'évaluation de sa décennie au pouvoir commence déjà, alors que le pays se tourne vers une nouvelle ère politique. La période de son règne a été marquée par des réformes profondes et des transformations significatives dans divers secteurs de la vie nationale.

Lors de cet échange avec les journalistes, Wilfried Houngbédji a abordé la situation des acteurs politiques incarcérés, affirmant : « Humainement, c'est déplorable. » Il a ajouté que « ce sont des acteurs politiques en prison pour diverses infractions. Cela n'en fait pas des prisonniers politiques. » Cette déclaration a été faite pour clarifier la position du gouvernement concernant les détentions de personnalités politiques, insistant sur le fait que les poursuites sont menées sur la base d'infractions pénales et non pour des motifs politiques. Le porte-parole a cherché à distinguer les cas de ces individus des définitions habituelles de prisonniers politiques, soulignant la primauté de l'État de droit.

Évoquant la pratique démocratique au Bénin, le porte-parole a souligné : « Nous n'avons pas cinquante ans de pratique démocratique continue au Bénin. Les pays occidentaux appliquent la démocratie différemment. Les principes sont les mêmes. Il faut les prendre et les adapter. Il était inutile pour nous d'imiter ce que d'autres font depuis 300, parfois 500 ans. » Cette perspective met en lumière la vision du gouvernement béninois sur l'adaptation des modèles démocratiques aux réalités locales, plutôt qu'une simple reproduction des systèmes occidentaux. Wilfried Houngbédji a insisté sur la nécessité pour le Bénin de forger sa propre voie démocratique, en tenant compte de son histoire et de son contexte socioculturel. Il a également mis en garde contre l'incertitude des événements à venir en déclarant : « En 96 heures, beaucoup de choses peuvent se produire – y compris des choses que vous n'espérez pas, et peut-être aussi des choses que vous espérez ne se réaliseront pas. » Cette mise en garde, prononcée à l'approche de la fin du mandat, soulignait la volatilité potentielle de la période de transition et l'importance de la vigilance.

Transformation économique spectaculaire

Le Bénin a enregistré une croissance économique significative sous la présidence de Patrice Talon. Le produit intérieur brut (PIB) du pays est passé d'un taux de croissance de 3,3% en 2016 à 7,5% en 2024, selon les chiffres disponibles. Cette progression témoigne d'une dynamique économique solide et soutenue au cours de la décennie. Même pendant la pandémie de Covid-19, une période de ralentissement économique mondial, le Bénin a maintenu une croissance positive du PIB, s'établissant à 3,8%. Cette résilience économique pendant une crise sanitaire mondiale majeure a été un indicateur clé de la solidité des politiques mises en œuvre. La maîtrise de l'inflation est également un point notable de la gestion économique du pays, avec un taux contenu à 2,2% en 2024, un niveau qui contribue à la stabilité du pouvoir d'achat des citoyens et à la prévisibilité pour les investisseurs.

La gestion de la dette publique et du déficit budgétaire a également évolué de manière positive sous l'administration Talon. La dette publique est projetée à 52,4% du PIB en 2025, un niveau jugé soutenable par les institutions financières internationales et qui reflète une gestion prudente des emprunts. Le déficit budgétaire, qui s'élevait à 6% en 2015 avant l'arrivée au pouvoir de Patrice Talon, devrait diminuer de manière significative pour atteindre 2,9% en 2025. Cette réduction drastique du déficit est le résultat d'une politique budgétaire rigoureuse et d'une optimisation des dépenses publiques. Les efforts pour améliorer les recettes de l'État ont porté leurs fruits, le ratio recettes fiscales/PIB ayant augmenté de 13% en 2017 à 15,5% en 2024. Cette augmentation des recettes fiscales est clé pour financer les investissements publics et réduire la dépendance aux financements extérieurs.

Ces performances économiques ont été reconnues par les agences de notation internationales, ce qui est un gage de confiance pour les investisseurs. Standard & Poor’s a relevé la note du Bénin à BB- avec une perspective stable en 2024, soulignant l'amélioration de la solvabilité du pays et la solidité de ses fondamentaux économiques. De son côté, Fitch a confirmé la note B+ du Bénin en mars 2025, réaffirmant la perception positive des marchés financiers à l'égard de la gestion macroéconomique béninoise. Ces notations sont essentielles pour l'accès du Bénin aux marchés de capitaux internationaux à des conditions favorables.

Sur les marchés financiers, le Bénin a démontré sa capacité à mobiliser des fonds importants, reflétant la confiance des investisseurs et la crédibilité de sa politique économique. En janvier 2025, le pays a réussi à lever un milliard d'euros et de dollars, une opération majeure incluant un Eurobond de 500 millions de dollars et un prêt structuré de 500 millions d'euros. Ces financements témoignent de l'attractivité du Bénin sur la scène financière internationale. Le Trésor béninois a réussi à lever plus de 20 milliards de francs CFA sur le marché de l'UEMOA le 3 avril 2025, soulignant sa capacité à mobiliser des ressources au niveau régional également. Ces opérations de levée de fonds sont cruciales pour financer les grands projets d'infrastructure et de développement du pays.

La gestion des finances publiques a été saluée internationalement, le ministre des Finances, Romuald Wadagni, ayant été désigné meilleur ministre des Finances d'Afrique à la fin de l'année 2024. Cette distinction prestigieuse note les efforts du gouvernement béninois pour assainir et dynamiser l'économie du pays, et met en lumière l'expertise et la vision stratégique de l'équipe économique en place.

Projets sociaux et d'infrastructure

Le Bénin a mis en œuvre plusieurs initiatives sociales et de développement des infrastructures durant cette période, visant à améliorer les conditions de vie des citoyens et à stimuler la croissance économique. La Zone Industrielle Spéciale de Glo-Djigbé (GDIZ), lancée en 2021, est un projet phare qui a créé plus de 14 000 emplois, contribuant ainsi de manière significative à la politique d'emploi du pays et à l'industrialisation. Ce complexe industriel vise à transformer localement les matières premières et à attirer des investissements étrangers, offrant des opportunités de travail qualifié et non qualifié.

Dans le domaine de l'éducation, le Programme National Intégré d’Alimentation Scolaire (PNAIS) couvre désormais plus de 1,2 million d'élèves. Cette initiative vise à améliorer la nutrition des enfants en milieu scolaire, ce qui a un impact direct sur leur santé et leur capacité d'apprentissage, et contribue également à une meilleure fréquentation scolaire, en réduisant l'absentéisme lié à la faim. Une autre mesure éducative notable est l'extension de la gratuité de la scolarité pour les jeunes filles jusqu'à la fin du premier cycle du secondaire, déployée dans tout le pays à partir d'octobre 2024. Cette politique vise à promouvoir l'égalité des sexes en matière d'éducation et à réduire les disparités d'accès à l'école pour les jeunes filles, leur offrant de meilleures perspectives d'avenir.

Concernant l'accès à l'énergie, les taux d'électrification affichent des disparités entre les zones urbaines et rurales, bien que des progrès aient été réalisés. La couverture de l'électrification rurale atteint 36%, tandis que l'électrification en milieu urbain s'élève à 69%. Ces chiffres traduisent les efforts en cours pour étendre l'accès à l'électricité à l'ensemble de la population, un facteur essentiel pour le développement économique et social, bien que des défis subsistent encore dans les zones rurales pour atteindre une couverture universelle. L'amélioration de l'accès à l'énergie est une priorité pour le gouvernement afin de soutenir les activités économiques et d'améliorer la qualité de vie des ménages.

Tensions politiques et contestations

La Radio et Télévision d'État du Bénin (SRTB) a procédé au licenciement de 169 de ses employés. Cette mesure a pris effet le 13 mai 2026, et a suscité des réactions diverses au sein de la société civile et des syndicats, soulevant des questions sur la restructuration des médias publics et la gestion des ressources humaines.

Dans un autre registre, plusieurs personnalités de l'opposition demeurent détenues, ce qui continue d'alimenter le débat politique dans le pays. Parmi elles figurent Reckya Madougou, Joël Aïvo et Olivier Boko. Leurs détentions ont été un point de discorde entre le gouvernement et l'opposition, ainsi qu'avec certaines organisations de défense des droits de l'homme, qui appellent régulièrement à leur libération. Ces cas emblématiques sont souvent cités dans les discussions sur l'état de la démocratie et de l'espace civique au Bénin.

Réactions officielles et perspectives

Le président Patrice Talon a présidé mercredi son dernier Conseil des ministres. Cet événement marque la fin d'un mandat présidentiel qui s'achèvera officiellement le 24 mai 2026. La tenue de ce dernier conseil est une étape formelle importante dans le processus de transition, symbolisant la conclusion des activités gouvernementales sous sa direction. La période à venir sera celle du transfert de pouvoir et de l'installation de la nouvelle administration, un moment clé pour la stabilité institutionnelle du Bénin.