Affaire Sossoukpè : Arrestation et transfert controversés d'un journaliste béninois

L'activiste béninois Comlan Hugues Sossoukpè arrêté à Lomé et extradé vers Cotonou
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Hugues Comlan Sossoukpè, journaliste d'investigation et lanceur d'alerte béninois, est actuellement détenu sans procès à la prison civile d'Ouidah. Son transfert vers Cotonou a précédé cette incarcération qui suscite de vives interrogations tant au niveau national qu'international. Le cas de M. Sossoukpè, figure reconnue pour son travail d'investigation, continue de mobiliser les défenseurs de la liberté de la presse et des droits humains.

Le porte-parole du gouvernement béninois, Wilfried Léandre Houngbédji, a commenté la situation en affirmant que la justice suivait son cours. Cette déclaration intervient alors que la détention du journaliste continue de faire l'objet d'une attention particulière. Les circonstances exactes de son arrestation et de son transfert n'ont pas été détaillées par les autorités béninoises, alimentant ainsi les spéculations et les critiques.

Arrestation et transfert suspects

Hugues Comlan Sossoukpè a été arrêté à Abidjan le 10 juillet 2025, un événement qui, selon certaines sources et organisations de défense des droits, constitue une violation flagrante du principe de non-refoulement concernant sa remise aux autorités béninoises. Le journaliste avait quitté Lomé pour Abidjan le 8 juillet 2025 à bord d'un vol Air Côte d’Ivoire. M. Sossoukpè répondait à une invitation officielle du ministère ivoirien de la Transition numérique et de la Digitalisation pour couvrir l'Ivoire Tech Forum, un événement technologique majeur programmé du 9 au 11 juillet 2025. Cette présence officielle note l'ironie de son arrestation alors qu'il participait à un événement de cette envergure.

Dans la nuit du 10 au 11 juillet 2025, alors qu'il se trouvait dans sa chambre d'hôtel, plusieurs policiers se sont présentés à sa porte. M. Sossoukpè a identifié deux des cinq individus comme étant des agents de la police béninoise, ce qui soulève des questions sur la souveraineté territoriale et la légalité de l'opération. Il a ensuite été contraint de monter à bord d'un avion privé, un Beechcraft 1900D, à destination de Cotonou. L'appareil a atterri à 22h00 à Cotonou, marquant la fin de son séjour ivoirien et le début de sa détention au Bénin. Cette arrestation et ce transfert interviennent après que, en mars 2025, Olofofo, le média en ligne de M. Sossoukpè, ait été interdit de publication au Bénin par la Haute Autorité de l'Audiovisuel et de la Communication (HAAC). Cette interdiction préalable avait déjà signalé une pression croissante sur les activités journalistiques de M. Sossoukpè.

Statut de réfugié et violations

Le cas d'Hugues Comlan Sossoukpè soulève de multiples questions concernant son statut de réfugié, des suspicions d'exfiltration illégale depuis la Côte d'Ivoire, et des violations flagrantes des droits de la défense, ayant mené à une saisine de la Cour de Justice de la CEDEAO par Reporters sans frontières (RSF). RSF a également souligné qu'aucune trace d'un traité bilatéral d'extradition invoqué formellement entre le Bénin et la Côte d’Ivoire, applicable dans ce contexte particulier, n'a été présentée par les autorités pour justifier cette opération. L'organisation a affirmé qu'"aucun officier de police judiciaire n'était présent pour superviser l'arrestation ou l'extradition, et aucune décision judiciaire ne l'a autorisée", ajoutant que "des policiers béninois, dépêchés en Côte d’Ivoire, ont eux-mêmes mené l'opération". Cette absence de cadre légal clair renforce les allégations d'une opération extrajudiciaire.

M. Sossoukpè avait obtenu officiellement le statut de réfugié politique au Togo en novembre 2021, un statut qui figurait explicitement sur son passeport togolais. Le journaliste a également revendiqué la nationalité togolaise, renforçant la complexité de sa situation juridique et diplomatique. Au moment de son interpellation, Hugues Comlan Sossoukpè bénéficiait du statut de réfugié politique reconnu par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Ce statut lui conférait une protection internationale, que son arrestation et son transfert vers le Bénin semblent avoir bafouée. La remise de M. Sossoukpè aux autorités béninoises, malgré son statut de réfugié politique, constitue une violation grave du principe de non-refoulement, pierre angulaire du droit international des réfugiés. RSF a dénoncé avec virulence cette situation, déclarant que "les autorités vont même jusqu'à traquer les journalistes critiques, comme Hugues Comlan Sossoukpè, fondateur du média en ligne Olofofo, qui a été enlevé en Côte d’Ivoire avant d'être extradé vers le Bénin". Cette affaire intervient dans un contexte de préoccupations accrues pour la liberté de la presse dans la région, alors qu'en mars 2026, la justice a condamné le journaliste Pascal Mitowadé à cinq ans de prison ferme, illustrant une tendance préoccupante à la répression des voix critiques.

Procédure judiciaire et charges

M. Sossoukpè a été présenté dès le lendemain de son arrivée à un juge d'instruction. Ce magistrat lui a notifié le mandat d'arrêt international qui avait été émis par la Cour de Répression des Infractions Économiques et du Terrorisme (CRIET), une juridiction spéciale au Bénin. Le 14 juillet 2025, Hugues Comlan Sossoukpè a comparu devant le juge des libertés et de la détention de la CRIET, étape formelle de la procédure judiciaire après son transfert controversé.

Quatre chefs d'accusation ont été retenus contre le journaliste. Ces charges incluent l'incitation à la rébellion, l'incitation à la haine et à la violence, le harcèlement via des communications électroniques et l'apologie du terrorisme. Ces accusations s'appuient principalement sur les dispositions du Code du numérique du Bénin, spécifiquement la loi n°2017-20 du 20 avril 2018, une législation souvent critiquée pour sa potentielle utilisation abusive contre les journalistes et les opposants.

La CRIET est une juridiction d'exception qui a été créée en 2018. Elle est chargée de juger les infractions économiques et les actes de terrorisme, mais son champ d'application et son indépendance ont souvent été remis en question par les organisations de défense des droits humains. Durant les six premiers mois de sa détention, M. Sossoukpè a été placé en strict isolement, une mesure qui a gravement entravé sa capacité à préparer sa défense et à communiquer avec l'extérieur.

Un avocat a pu s'entretenir avec lui pour quelques minutes seulement à la fin du mois de décembre 2025, après une longue période d'isolement total. La prochaine audience, initialement fixée au 12 janvier 2026, s'est déroulée sans que la défense n'en soit informée, une violation fondamentale des droits de l'accusé et une pratique qui soulève de sérieuses préoccupations quant à l'équité du procès.

Réactions et pressions internationales

Reporters sans frontières (RSF) a affirmé que des policiers béninois, dépêchés en Côte d'Ivoire, avaient mené l'opération d'arrestation de M. Sossoukpè avec la complicité de leurs homologues ivoiriens, déclarant qu'« aucun officier de police judiciaire n'était présent pour superviser l'arrestation ou l'extradition, et aucune décision judiciaire ne l'a autorisée ». L'organisation a déposé une requête devant la Cour de Justice de la CEDEAO contre le Bénin et la Côte d'Ivoire le 24 avril 2026, cherchant à obtenir réparation pour les violations présumées des droits de M. Sossoukpè.

Entre-temps, le 16 juillet 2025, un second journaliste, Ali Moumouni, a été arrêté à Cotonou, puis placé en détention par la CRIET le 21 juillet 2025 sous cinq chefs d'accusation similaires à ceux de M. Sossoukpè, signalant une possible campagne de répression plus large contre les journalistes critiques au Bénin. Le 25 janvier 2026, Me Dossou Stanic Adjacotan, l'un des avocats de M. Sossoukpè, a également été arrêté à l'aéroport international Cardinal Bernardin Gantin de Cotonou, un événement qui a été perçu comme une tentative d'intimidation de la défense.

RSF dénonce fermement le rôle de la Côte d'Ivoire dans la violation du droit à la protection des réfugiés et de la liberté de la presse, en raison de sa complicité présumée dans l'arrestation et le transfert illégal de M. Sossoukpè. L'organisation pointe également du doigt le Bénin comme instigateur de l'enlèvement et de la détention arbitraire de Sossoukpè et Moumouni, considérant ces actes comme une attaque directe contre la liberté d'expression. Selon RSF, « les autorités vont même jusqu'à traquer les journalistes critiques, comme Hugues Comlan Sossoukpè, fondateur du média en ligne Olofofo, qui a été enlevé en Côte d’Ivoire avant d'être extradé vers le Bénin ». Cette situation a des répercussions sur la perception internationale du Bénin en matière de liberté de la presse. Le Bénin, qui était classé 78ème sur 180 pays dans l'indice RSF en 2016, est tombé à la 113ème place en 2026, perdant 21 places par rapport à 2025 (92ème). Cette chute significative dans le classement note une dégradation alarmante de l'environnement pour les journalistes et les médias dans le pays.