Visite historique au Niger : le nouveau président béninois cherche à apaiser les tensions

Romuald Wadagni gives a speech as Presidential candidate during a campaign rally in Cotonou on April 10, 2026, ahead of Benin’s presidential election scheduled for April 12, 2026. (Photo by OLYMPIA DE MAISMONT / AFP)
Photo: OLYMPIA DE MAISMONT / AFP via News

Le nouveau président béninois, Romuald Wadagni, a effectué une visite officielle au Niger mardi, marquant un moment significatif dans les relations bilatérales tendues entre les deux nations. Il s'agissait du premier déplacement présidentiel à Niamey depuis le coup d'État survenu en 2023, soulignant l'importance de cette initiative diplomatique. Le chef de la junte nigérienne, Abdourahamane Tiani, a personnellement accueilli le président Wadagni à son arrivée, ce dernier ayant pris ses fonctions le 24 mai dernier. Cette démarche s'inscrit pleinement dans le cadre de la « diplomatie active de voisinage que le président Wadagni entend poursuivre avec tous les États riverains du Bénin », a déclaré la présidence béninoise, soulignant la volonté du nouveau dirigeant de renforcer les liens régionaux et de désamorcer les tensions passées.

L'arrivée de Romuald Wadagni à la tête de l'État béninois, suite à une élection remportée avec 94 % des voix, lui confère une légitimité politique forte pour entreprendre de telles initiatives diplomatiques. Cette large victoire est perçue comme un mandat clair pour initier une nouvelle dynamique dans la politique étrangère du Bénin, en particulier avec ses voisins immédiats. La visite à Niamey est un signe concret de cette nouvelle orientation, visant à rétablir un dialogue constructif et à surmonter les différends qui ont caractérisé les relations entre les deux pays au cours des derniers mois.

Rapprochement sécuritaire et diplomatique

Au cœur des discussions entre les deux dirigeants figurait la relance de la coopération sécuritaire entre leurs pays. Le Bénin et le Niger sont tous deux confrontés à une violence jihadiste croissante, en particulier dans leurs régions frontalières, rendant une collaboration sécuritaire indispensable. La situation sécuritaire dans la région sahélienne et ouest-africaine est une préoccupation majeure, et la coordination des efforts pour contrer la menace terroriste est essentielle pour la stabilité des deux nations.

Cette visite a été précédée par des gestes d'apaisement notables. Avant ce déplacement présidentiel, le Premier ministre du Niger, Ali Lamine Zeine, avait participé à l'investiture du président Wadagni à Cotonou, la capitale économique du Bénin. Cette présence nigérienne à la cérémonie d'investiture avait été perçue comme un signal fort de la volonté de Niamey d'ouvrir une nouvelle page dans ses relations avec le Bénin. Monsieur Zeine avait alors évoqué la possibilité d'emprunter « un nouveau chemin » pour les relations bilatérales, suggérant une volonté mutuelle de dépasser les contentieux récents.

Le nord du Bénin, qui partage une longue frontière avec le Niger, a été particulièrement touché par une violence jihadiste de plus en plus meurtrière ces derniers temps, exacerbant les défis sécuritaires pour les deux pays. Malgré ces tensions persistantes et les bouleversements politiques, un important pipeline exportant le pétrole nigérien via le Bénin est resté opérationnel. Ce pipeline représente un lien économique vital qui a su traverser les périodes de froid diplomatique, témoignant de l'interdépendance économique des deux nations.

La visite au Niger de Romuald Wadagni s'inscrit dans une série plus large de déplacements diplomatiques régionaux entrepris par le nouveau président béninois. Il s'agissait de son premier déplacement international en tant que président, après un voyage au Nigeria effectué lundi. Après avoir passé plusieurs heures au Niger pour des entretiens avec le chef de la junte, le président Wadagni était attendu au Burkina Faso plus tard dans la journée, soulignant une tournée diplomatique intense visant à consolider les relations avec les voisins du Bénin.

Contexte des tensions passées

Les relations entre le Bénin et le Niger ont été particulièrement tendues ces derniers mois. Les dirigeants militaires du Niger avaient auparavant pris la décision de fermer la frontière avec le Bénin, formulant des accusations graves à l'encontre de Cotonou. Ils accusaient le Bénin d'abriter des "bases françaises" dont l'objectif serait de déstabiliser le Niger. Cette allégation a été formulée régulièrement par Niamey, accusant spécifiquement le Bénin d'héberger des bases militaires françaises qui, selon leurs dires, seraient utilisées pour entraîner des jihadistes.

Ces accusations sont allées jusqu'à impliquer l'ancien président béninois, Patrice Talon. Le chef de la junte nigérienne, Abdourahamane Tiani, l'avait désigné comme l'un des « sponsors » des jihadistes qui avaient attaqué l'aéroport de Niamey en janvier. De telles déclarations ont évidemment contribué à envenimer la situation diplomatique. Ces accusations ont été constamment et fermement démenties par le Bénin, qui a toujours réfuté toute implication dans de telles activités, ainsi que par Paris, qui a également rejeté ces allégations comme infondées.

Malgré les tentatives d'apaisement observées ces dernières semaines, un point de discorde majeur demeure : le seul pont reliant le Niger et le Bénin, essentiel pour le commerce transfrontalier et les échanges humains, demeure fermé. La réouverture de ce pont est une étape clé pour la normalisation complète des relations.

Impact économique et régional

La visite du président Wadagni intervient dans un contexte régional en pleine mutation. Le Niger a récemment formé une confédération, l'Alliance des États du Sahel (AES), avec le Burkina Faso et le Mali, également dirigés par des juntes militaires. Cette alliance représente une nouvelle dynamique géopolitique dans la région. Cette formation a été précédée par le retrait du Niger, du Burkina Faso et du Mali du bloc ouest-africain, la Communauté Économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), marquant une rupture significative avec l'organisation régionale traditionnelle et redéfinissant les alliances dans la sous-région.

Sur le plan économique, la normalisation des relations est d'une importance capitale pour les deux pays. Le port de Seme-Kpodji, situé à Cotonou, représente la voie la plus facile et la plus économique pour l'acheminement des approvisionnements essentiels destinés à Niamey ainsi que pour l'exportation des matières premières du Niger vers les marchés internationaux. Avant le différend entre les deux pays, une proportion impressionnante de 80 % du fret nigérien transitait par ce port stratégique de Seme-Kpodji. La fermeture des frontières et les restrictions commerciales ont eu un impact économique considérable sur les deux nations, perturbant les chaînes d'approvisionnement et augmentant les coûts pour les opérateurs économiques. La réouverture complète du pont et la normalisation des relations pourraient donc avoir un impact significatif et profondément positif sur les échanges commerciaux et l'économie des deux nations, facilitant la reprise des activités et bénéficiant aux populations des deux côtés de la frontière.