Malnutrition infantile au Bénin : un défi persistant malgré les efforts

Douro Wonkourou Idrissou, who described himself as a nutrition support member, uses a tape to measure the circumferences of a child’s upper arm, in N’dali, northern Benin, Sunday, May. 17, 2026. (AP Photo/Sunday Alamba)
Photo: AP Photo/Sunday Alamba via News

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La malnutrition infantile reste un défi persistant au Bénin, où plus de 30% des enfants de moins de cinq ans souffrent d'un retard de croissance, selon les données disponibles. Ce taux élevé met en lumière une problématique de santé publique majeure, impactant le développement physique et cognitif de milliers de jeunes Béninois. Pour y remédier, la Banque Mondiale a lancé en 2024 un programme de soutien ambitieux baptisé « Les 1 000 premiers jours », visant à accompagner les enfants durant leurs deux premières années de vie. Cette initiative cherche à améliorer les conditions nutritionnelles et sanitaires dès le plus jeune âge, reconnaissant l'importance capitale de cette période pour le développement futur de l'enfant. L'objectif est de fournir un cadre propice à une croissance saine et de prévenir les carences qui peuvent avoir des conséquences irréversibles.

Causes profondes de la malnutrition

Le retard de croissance est majoritairement irréversible chez les enfants affectés durant leurs 1 000 premiers jours de vie, ce qui note l'urgence d'interventions précoces et ciblées. Cette fenêtre critique de développement, qui s'étend de la conception jusqu'aux deux ans de l'enfant, est déterminante pour sa santé à long terme. Au-delà des facteurs économiques et d'accès à l'alimentation, des facteurs culturels contribuent également à cette situation complexe. Au Bénin, les coutumes sociales découragent les femmes enceintes de consommer la bouillie de maïs, pourtant riche en nutriments essentiels. Cette pratique, souvent ancrée dans des croyances traditionnelles, prive les futures mères et, par extension, leurs fœtus d'apports nutritionnels cruciaux, nécessaires à une grossesse saine et au bon développement du bébé. La persistance de ces habitudes rend la lutte contre la malnutrition d'autant plus complexe, nécessitant une approche qui intègre à la fois l'éducation nutritionnelle et la sensibilisation aux pratiques alimentaires saines dès la grossesse, afin de modifier les comportements à risque.

Initiatives et programmes en cours

Face à l'ampleur du défi, les autorités béninoises se sont fixées pour objectif de ramener la prévalence du retard de croissance infantile à moins de 30 % d'ici à 2030. Cet objectif ambitieux témoigne de la volonté du gouvernement de s'attaquer de front à ce problème. Pour contribuer à cet effort national, un programme pilote a été mis en œuvre dans plusieurs régions du pays. Ce programme a notamment fourni des suppléments de micronutriments aux mères et aux bébés dans les zones ciblées, palliant ainsi les carences vitaminiques et minérales souvent observées. Parallèlement, il a permis l'établissement de cantines scolaires, visant à assurer un apport nutritionnel régulier et équilibré aux enfants en milieu scolaire. Ces cantines jouent un rôle clé en offrant au moins un repas nutritif par jour à des milliers d'élèves. Ces initiatives s'inscrivent dans une stratégie globale pour améliorer la santé et le développement des jeunes Béninois, en abordant la malnutrition sous différents angles, de la petite enfance à l'âge scolaire, et en renforçant les systèmes de soutien aux familles.

Perceptions erronées et obstacles sociaux

Le régime alimentaire de la plupart des familles à N’dali est majoritairement composé d’aliments riches en amidon, incluant des ignames et du manioc. Cette prédominance des féculents dans les habitudes culinaires locales constitue un obstacle majeur à une alimentation équilibrée, particulièrement essentielle pour les jeunes enfants et les femmes enceintes dont les besoins nutritionnels sont accrus. La consommation massive de ces produits, souvent au détriment d'autres groupes alimentaires comme les protéines, les fruits et les légumes, peut entraîner des carences nutritionnelles significatives. Ces carences, cumulées sur la durée, contribuent directement au défi persistant de la malnutrition infantile dans la région. Une meilleure diversification alimentaire est nécessaire pour y faire face, ce qui implique non seulement une sensibilisation aux bienfaits d'une alimentation variée, mais aussi un soutien aux familles pour accéder à des denrées plus nutritives et apprendre à les préparer.

Perspectives et défis futurs

Le retard de croissance est plus répandu dans le nord du Bénin, une région confrontée à des épisodes de sécheresse sporadique. Cette situation géographique et climatique ajoute une complexité aux efforts visant à améliorer la nutrition infantile, car l'accès à l'eau et aux cultures est souvent compromis, rendant l'approvisionnement alimentaire plus précaire. Les aléas climatiques peuvent détruire les récoltes et réduire la disponibilité des aliments, exacerbant ainsi la vulnérabilité des populations, en particulier des enfants. La mise en œuvre de solutions durables dans ces zones nécessite des approches adaptées, incluant des systèmes d'irrigation résilients, des cultures résistantes à la sécheresse et des programmes d'aide alimentaire d'urgence, en plus des interventions nutritionnelles habituelles. La lutte contre la malnutrition au Bénin est donc un combat multidimensionnel qui exige une coordination des efforts à tous les niveaux.