La sécurité routière au Bénin est au centre d'un débat public relancé par Ousman HASSAN, un ancien cadre des Travaux Publics ayant œuvré sur des projets d'infrastructure en France. Ce dernier affirme que les accidents de la route dans le pays ne sont "pas une fatalité", mais plutôt le résultat mesurable d'un système défaillant qu'il est possible de corriger. Ousman HASSAN, qui a précédemment travaillé comme cadre des Travaux Publics sur des projets d'infrastructure en France, apporte une perspective d'expert international au débat. Il insiste sur le fait que la situation actuelle n'est pas inéluctable, mais le résultat quantifiable d'un système qui nécessite une réforme profonde. HASSAN lance cette réflexion dans le cadre d'une nouvelle rubrique intitulée « La voix du praticien », visant à proposer des solutions plutôt qu'à critiquer.
Selon Ousman HASSAN, la lacune majeure au Bénin en matière de sécurité routière n'est pas la méconnaissance du problème, mais l'absence d'une "décision ferme et durable de le traiter comme une priorité nationale". Il estime que réformer la sécurité routière "ne nécessite pas des moyens extraordinaires", mais plutôt de la méthode et de la volonté. Il note que ce qui manque au Bénin en matière de sécurité routière n'est pas la connaissance du problème, mais bien la décision ferme et durable d'en faire une priorité nationale. HASSAN insiste particulièrement sur le respect des contrôles techniques, déclarant qu'un véhicule non conforme "ne doit pas circuler, point". Cette déclaration note l'importance d'une approche intransigeante pour garantir la sécurité de tous les usagers de la route.
Les Causes Profondes de l'Insécurité
L'insécurité routière au Bénin s'explique par plusieurs facteurs, parmi lesquels une formation insuffisante des conducteurs, une méconnaissance des règles de circulation, une signalisation routière incomplète, non conforme ou absente, des infrastructures dégradées et une répression aléatoire des infractions. Cette combinaison de facteurs crée un environnement routier particulièrement risqué pour tous. De nombreux véhicules circulant sur les routes béninoises, notamment de vieux camions et des voitures, présentent un mauvais état technique, avec des pare-brise endommagés, des pneus usés et des feux défectueux. Ces défaillances mécaniques augmentent considérablement le risque d'accident.
Les piétons contribuent également à cette insécurité en marchant sur la chaussée alors que des trottoirs sont disponibles, en traversant en dehors des zones autorisées ou sans regarder avant de s'engager. Ces comportements, souvent par manque d'éducation ou de respect des règles, ajoutent à la complexité du problème. Les conducteurs de motos, particulièrement les « zémidjans », représentent la majorité des usagers de la route et sont impliqués dans une part disproportionnée des accidents. Leur présence massive et parfois leur non-respect des règles de circulation en font un groupe à risque majeur. Ces éléments combinés dessinent un tableau complexe des défis à relever pour améliorer la sécurité routière dans le pays.
Propositions pour la Formation et l'Éducation
Une mesure simple pour améliorer la formation des conducteurs consisterait à exiger des candidats qu'ils réussissent l'examen théorique du code de la route avant de débuter les leçons pratiques, selon les propositions formulées. Cette approche permettrait d'assurer une compréhension fondamentale des règles avant la mise en situation sur la route, posant ainsi une base solide pour l'apprentissage de la conduite. La réforme de cette séquence pédagogique est présentée comme un levier potentiel pour renforcer la qualité de la formation initiale, garantissant que les futurs conducteurs possèdent les connaissances théoriques essentielles avant de prendre le volant.
Il est également proposé d'instaurer une certification obligatoire et renouvelable pour tous les instructeurs d'auto-école. Cette démarche viserait à garantir un niveau de compétence et de pédagogie uniforme parmi les formateurs, qui jouent un rôle clé dans l'acquisition des bonnes pratiques par les futurs conducteurs. L'introduction d'une telle exigence permettrait de rehausser les standards de l'enseignement de la conduite et d'assurer une mise à jour régulière des connaissances des instructeurs, assurant ainsi une formation de meilleure qualité aux nouveaux permis.
Pour l'éducation routière, un programme national intégré aux cursus scolaires est suggéré, débutant dès le collège. Ce programme serait complété par des campagnes mobiles organisées dans les zones rurales afin de toucher un public plus large. L'objectif est de sensibiliser les jeunes et les populations éloignées aux enjeux de la sécurité routière, en inculquant dès le plus jeune âge les réflexes et les comportements adéquats sur la voie publique. L'intégration de ces notions dès le collège permettrait de former des citoyens conscients des risques et respectueux des règles de la route, bien avant qu'ils ne soient eux-mêmes conducteurs.
Réformer le Contrôle Technique et la Signalisation
Au Bénin, les contrôles techniques des véhicules sont devenus une simple formalité administrative, souvent négociée plutôt qu'une vérification réelle de l'état des véhicules. Cette situation alarmante compromet gravement la sécurité routière, puisque des véhicules dangereux peuvent continuer à circuler. La réforme de ces inspections techniques est jugée non négociable, avec la proposition d'instaurer des centres accrédités et indépendants, soumis à des audits réguliers et inopinés. Cette mesure vise à restaurer la crédibilité et l'efficacité du système de contrôle technique. Des sanctions sévères sont également préconisées pour les centres qui délivreraient des certificats de contrôle technique frauduleux, afin de dissuader toute complaisance et de garantir l'intégrité du processus.
La restauration complète de la signalisation verticale et horizontale, incluant les panneaux, les marquages routiers réfléchissants et les feux de circulation, est une condition non négociable pour améliorer la sécurité. Une signalisation claire et conforme est fondamentale pour guider les usagers et prévenir les accidents. Parallèlement, un audit des infrastructures les plus dangereuses est proposé, suivi de leur modernisation progressive afin de réduire les risques d'accident. Cet audit permettrait d'identifier les points noirs du réseau routier et d'y apporter des corrections ciblées, rendant les routes plus sûres pour tous. Ces mesures visent à établir un cadre plus rigoureux et transparent pour le maintien des véhicules et des routes en conformité, éléments essentiels pour une sécurité routière accrue.
Vers une Application Rigoureuse des Règles
Des mesures spécifiques pour les motocycles sont envisagées, reconnaissant leur rôle prépondérant dans les accidents. Ces mesures incluent une formation dédiée aux règles de la circulation, l'obligation du port du casque pour tous les usagers, une immatriculation systématique et traçable, ainsi qu'une assurance obligatoire. Ces propositions visent à encadrer davantage la pratique de la moto et à responsabiliser les conducteurs, réduisant ainsi les risques d'accidents graves. Pour renforcer l'application des règles, la création d'une brigade spéciale dédiée à la répression des infractions routières est proposée, dotée d'agents maîtrisant parfaitement la législation en vigueur. Cette brigade aurait pour mission de faire respecter la loi de manière impartiale et efficace, mettant fin à l'aléatoire de la répression actuelle.
Une traçabilité numérique de chaque intervention de contrôle de la circulation est également suggérée, via une application mobile dédiée. Ce système viserait à mettre fin aux arrangements informels sur les routes, garantissant une transparence totale des contrôles et des sanctions. Parallèlement, il est proposé de développer une application nationale centralisant toutes les informations relatives aux conducteurs et aux véhicules, telles que les permis de conduire, les assurances, les contrôles techniques et l'historique des infractions. Cette base de données unifiée permettrait une gestion plus efficace et rigoureuse du parc automobile et des conducteurs, facilitant le suivi des comportements et la mise en œuvre des mesures correctives. L'ensemble de ces propositions, si elles sont mises en œuvre avec détermination, pourraient transformer radicalement le paysage de la sécurité routière au Bénin, en passant d'un système défaillant à un modèle de prévention et de répression efficace.