L'activiste béninois Kémi Séba, de son nom de naissance Stellio Gilles Robert Capo Chichi, a été arrêté en Afrique du Sud, à Pretoria, en compagnie de son fils. Recherché par les autorités du Bénin, il fait l'objet d'un mandat d'arrêt international pour des accusations d'« incitation à la rébellion » et de crimes contre l'État, liées à un coup d'État manqué en décembre. Kémi Séba, âgé de 45 ans, est également accusé en Afrique du Sud d'avoir tenté de quitter le pays illégalement.
L'activiste et son fils ont comparu mercredi devant le tribunal de première instance de Brooklyn, où Séba a demandé une libération sous caution. La tentative de coup d'État au Bénin, pour laquelle il est recherché, avait été déjouée en quelques heures, notamment grâce à l'aide du Nigeria et de la France. Kémi Séba, qui avait déclaré avoir été « libéré du fardeau de la nationalité française » et qualifié le jour de sa déchéance de « jour de libération » en 2024, est désormais au cœur d'une affaire judiciaire internationale.
Accusations et demande de libération
Kémi Séba, son fils et Francois van der Merwe ont déposé des demandes de libération sous caution. Leur affaire a été examinée par un tribunal de première instance de Pretoria, en Afrique du Sud. Selon des informations rapportées, l'audience a été reportée au 11 mai, puis avancée au 20 avril. Kémi Séba et son fils ont été inculpés de complot en vue de commettre un crime et de violations des lois sur l'immigration. Un troisième complice, également en détention, est accusé d'avoir versé environ 250 000 rands (environ 15 000 dollars) pour faciliter les déplacements transfrontaliers. Des sources indiquent que Séba aurait tenté de fuir vers l'Europe via le Zimbabwe. Un « facilitateur » qui les aurait aidés a également été interpellé. Ils auraient planifié une migration illégale vers l'Europe en passant par le Zimbabwe.
Contexte politique et idéologique
La police d'Afrique du Sud a engagé la procédure d'extradition de Kémi Séba vers le Bénin, selon des sources policières. L'activiste avait diffusé une vidéo sur les réseaux sociaux dans laquelle il exprimait son soutien au coup d'État manqué au Bénin. Kémi Séba est reconnu pour son opposition à l'influence française en Afrique et son appui aux dirigeants militaires d'Afrique de l'Ouest, ayant également soutenu la tentative de coup d'État déjouée l'année dernière au Bénin. Il a été un fervent partisan des récents coups d’État en Afrique de l’Ouest et des sentiments pro-russes, critiquant vivement la France, l'ancienne puissance coloniale du Bénin, et ses intérêts économiques et politiques dans la région.
Accusé de diffuser de la propagande russe, Kémi Séba a été qualifié de « porte-parole pour la propagande russe » par Thomas Gassilloud, alors président de la commission de la Défense de l'Assemblée nationale française. En 2024, il a obtenu un passeport diplomatique nigérien le désignant comme « conseiller spécial » du chef de la junte, Abdourahamane Tchiani. Les dirigeants militaires du Niger, du Mali et du Burkina Faso ont par ailleurs interrompu leur coopération militaire avec la France.
Réactions et antécédents judiciaires
Kémi Séba compte 1,5 million d'abonnés en ligne et dirige l'ONG Urgence Panafricaniste. L'activiste a été condamné à plusieurs reprises en France pour incitation à la haine raciale, et il est fréquemment accusé d'antisémitisme. Les dirigeants militaires avec lesquels il s'est aligné ont également commencé à collaborer avec la Russie.
Le 7 décembre, des soldats mutins avaient affirmé avoir renversé le président béninois, Patrice Talon. Kémi Séba avait alors diffusé une vidéo dans laquelle il déclarait que c'était « le jour de la libération » pour son pays, en référence à cette tentative de coup d'État.