Boni Yayi : Pourquoi l'ancien président rejoint le Sénat malgré ses réserves passées

L'ancien président Boni Yayi lors de son audience au palais de la Marina ce lundi 13 juin 2022
Photo: @Présidence du Bénin via News

L'ancien président béninois Boni Yayi s'apprête à siéger au Sénat, une institution à la création de laquelle il s'était opposé par le passé, notamment lors de la révision constitutionnelle. Ce revirement intervient alors que Boni Yayi avait précédemment soutenu que le Sénat représentait une charge supplémentaire pour les finances publiques et ne répondait pas aux priorités du pays. Le vice-président du parti Les Démocrates, Eugène Azatassou, a rappelé ses réserves passées, déclarant : « J'ai partagé le même point de vue que le président Boni Yayi, qui a exprimé son désaccord avec l'établissement de cette institution. » Cependant, le statut constitutionnel actuel du Sénat est cité comme la raison de ce changement de position. « Maintenant que l'institution a été établie, elle fait partie de la République », a expliqué M. Azatassou. Il a ajouté : « Dès lors qu'elle fait partie de la République, je crois qu'il n'y a aucune raison pour que le président Boni Yayi, étant membre de droit, ne siège pas. »

Genèse et Constitution du Sénat

La nouvelle Constitution béninoise confère aux anciens présidents de la République, de l'Assemblée nationale et de la Cour constitutionnelle le statut de membres de droit du Sénat. Cette disposition ancre leur présence au sein de la nouvelle chambre parlementaire, garantissant une continuité et une expérience institutionnelle au sein de cette instance. Le Sénat, quant à lui, a été institué par la révision constitutionnelle adoptée en novembre 2025. Cette étape législative a marqué l'officialisation de cette nouvelle institution dans le paysage politique béninois, introduisant une seconde chambre dans le système législatif du pays.

La révision constitutionnelle qui a donné naissance au Sénat a été promulguée le 17 décembre 2025. Cette date a scellé l'entrée en vigueur des nouvelles dispositions, y compris celles relatives à la composition et au rôle du Sénat. L'institution est composée d'au moins 25 membres. Ce nombre inclut les membres de droit, tels que les anciens chefs d'État et des institutions clés, ainsi que des personnalités nommées, dont les modalités de désignation sont définies par la loi fondamentale. La création de cette chambre haute vise à renforcer l'équilibre des pouvoirs et la représentation territoriale au Bénin, en apportant une perspective supplémentaire au processus législatif. L'intégration de membres de droit, issus des plus hautes fonctions de l'État, est conçue pour capitaliser sur leur expérience et leur sagesse au service de la nation.

Le revirement de Boni Yayi expliqué

Boni Yayi s'apprête à siéger au sein de la nouvelle institution du Sénat. Eugène Azatassou, vice-président du parti Les Démocrates, a expliqué ce changement de position de l'ancien chef d'État, revenant sur les réserves initiales de Boni Yayi concernant la création de cette chambre haute. « J'ai partagé le même point de vue que le président Boni Yayi, qui a exprimé son désaccord avec l'établissement de cette institution », a déclaré M. Azatassou. Il a rappelé que Boni Yayi avait auparavant soutenu que le Sénat représenterait une charge financière supplémentaire pour les finances publiques et qu'il ne répondait pas aux priorités immédiates du pays. Le vice-président du parti Les Démocrates a souligné que le contexte avait évolué depuis les premières critiques formulées par l'ancien président.

Le statut de membre de droit de l'ancien chef d'État constitue une raison principale de ce revirement. La nouvelle Constitution béninoise établit clairement que les anciens présidents de la République, de l'Assemblée nationale et de la Cour constitutionnelle sont membres de droit du Sénat, une disposition qui confère à Boni Yayi une place automatique au sein de cette institution. M. Azatassou a précisé la logique derrière cette acceptation : « Maintenant que l'institution a été établie, elle fait partie de la République ». La reconnaissance de l'existence du Sénat en tant qu'entité constitutionnelle justifie, selon lui, l'intégration de Boni Yayi. « Dès lors qu'elle fait partie de la République, je crois qu'il n'y a aucune raison pour que le président Boni Yayi, étant membre de droit, ne siège pas », a ajouté Eugène Azatassou, mettant en avant le caractère important de cette disposition constitutionnelle. Cette évolution marque une acceptation pragmatique d'une réalité institutionnelle désormais ancrée dans le cadre juridique du Bénin.

La question de la rémunération des sénateurs est encadrée par la Constitution, qui délègue la fixation des indemnités à un décret pris en Conseil des ministres. Cette disposition constitutionnelle établit le cadre juridique pour la compensation financière des membres du Sénat, assurant que leur travail soit dûment reconnu. Cependant, le gouvernement n'a pas encore rendu public ce décret définissant les modalités de la rémunération des sénateurs. L'absence de ce texte officiel maintient une incertitude sur les aspects financiers liés à la fonction de sénateur, y compris pour les membres de droit comme Boni Yayi, et pour les autres membres nommés, qu'ils soient issus de l'administration ou de la société civile. Cette situation crée un flou qui pourrait être clarifié avant la première session de l'institution.

Première session et incertitudes

La première session de la nouvelle chambre haute du Parlement est prévue pour le 30 juillet. Cette séance inaugurale se tiendra au Palais des Gouverneurs situé à Porto-Novo, un lieu symbolique pour les institutions de la République. L'ouverture de cette première session sera dirigée par Nicéphore Soglo, en sa qualité de membre le plus âgé de l'institution, conformément aux usages parlementaires qui confient la présidence de séance au doyen d'âge lors de l'installation d'une nouvelle assemblée. Cette présidence temporaire permettra d'organiser les premières étapes du fonctionnement du Sénat, y compris l'élection de son président et de son bureau.

Parallèlement à ces préparatifs, la question de la rémunération des sénateurs demeure incertaine. Bien que la Constitution béninoise prévoie que les indemnités des sénateurs soient fixées par décret en Conseil des ministres, ce texte officiel n'a pas encore été rendu public par le gouvernement. Cette situation maintient une part de flou concernant les aspects financiers associés à la fonction de sénateur, y compris pour les membres de droit qui rejoindront cette nouvelle instance. Tant que ce décret n'est pas publié, les modalités précises de la rémunération des sénateurs restent inconnues, ce qui pourrait avoir un impact sur la perception publique de cette nouvelle institution et sur les attentes de ses membres. La transparence sur ces questions financières est attendue pour la bonne marche de la chambre haute et pour la confiance des citoyens envers cette nouvelle composante du Parlement béninois.